« Bien que les bénéfices du télétravail aient été largement documentés dans des études menées avant et après la crise sanitaire, les risques psychosociaux (RPS) qui y sont associés restent encore partiellement abordés de manière fragmentée dans des publications spécialisées ou des synthèses sur la santé physique et mentale », rappelle la Dares dans son étude publiée le 28 mars.
La revue a pour but de les regrouper et d’en analyser les effets. Trois grandes catégories émergent de cette analyse.
La pratique du télétravail engendre une distanciation spatiale et une diminution des interactions sociales et des relations professionnelles, qui pèsent sur le collectif au travail ou sur l’individu. En raison de cette distanciation, la Dares relève que des questions spécifiques de leaderships, de supervision et de gestion peuvent surgir. Le contrôle exercé par le supérieur hiérarchique peut diminuer, comme l’aide qu’il apporte à ses collaborateurs, du fait de l’isolement physique.
Les relations entre salariés et managers se distendent, réduisant les échanges et limitant le partage d’informations. Cette distance peut conduire à des incompréhensions, les communications écrites multipliant les risques de malentendus et d’interprétations erronées.
La dynamique collective est également affectée : les moments informels avec les collègues – pauses, discussions spontanées après une réunion – se raréfient, portant atteinte à la cohésion d’équipe. L’isolement qui en découle provoque un sentiment de déconnexion sociale, amoindrissant les opportunités de « socialisation professionnelle ».
De plus, l’absence de proximité des personnes salariées peut rendre complexe la représentation du personnel au sein de l’entreprise. Les représentants du personnel peuvent avoir des difficultés pour maintenir un lien avec l’ensemble des personnes salariées et souffrent des mêmes difficultés d’échanges et de communication directe.
C’est l’une des principales dimensions des RPS. La Dares souligne qu’en télétravail, cette intensité ne semble pas nécessairement augmenter : les individus indiquent ainsi pouvoir mieux se concentrer et être moins interrompus, ce qui se couple avec une plus grande autonomie et latitude décisionnelle.

Mais cette intensité se manifeste de trois manières spécifiques en télétravail : une augmentation de l’amplitude des horaires de travail associée à des limites de temps de travail plus floue, une complexité à gérer la charge de travail dans une organisation hybride, et une hyperconnectivité qui maintient une sollicitation constante, même en dehors des horaires officiels. Des facteurs qui augmentent le risque de surcharge mentale et d’épuisement professionnel.
La suppression des déplacements quotidiens peut conduire à allonger les journées de travail. « Certains salariés ressentent une pression implicite les poussant à travailler davantage ou à redoubler d’efforts pour prouver leur engagement ». L’hyperconnectivité accentue cette dynamique, rendant toujours plus poreuses les limites entre travail et vie privée.
Les constats généraux sur les apports du télétravail en matière de conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle se confrontent à une « réalité plus complexe, qui dévoile des difficultés dans la gestion des temps professionnels, un brouillage des lignes de séparation entre ces deux sphères, mais aussi un risque de réassignation des femmes au foyer, surtout des mères ».
En effet, le travail à domicile les contraint souvent à jongler entre exigences professionnelles et responsabilités familiales, multipliant les tâches domestiques et adaptant leurs horaires de travail. Cette charge mentale supplémentaire s’accompagne d’un « risque accru de tension familiale », la promiscuité pouvant générer des situations de stress et potentiellement de violence.
Les RPS, qui pèsent essentiellement sur la santé mentale des salariés ne sont pas les seuls risques propres aux télétravailleurs. La Dares indique qu’à ceux-ci s’ajoutent des risques physiques qui sont accrus en télétravail, que sont les problèmes musculo-squelettiques, la tendance à la sédentarité, la possibilité accrue de recourir à des substances psychoactives, ainsi que des accidents de travail spécifiques au travail à domicile.
Et de conclure : « L’existence de ces risques ne signifie nullement qu’ils surviendront certainement dans le quotidien des télétravailleurs et télétravailleuses ; En revanche, ils doivent être correctement identifiés par les organisations et les acteurs de la prévention et de la santé au travail ».

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