Contrairement aux idées reçues, le management « à la française » ne fait pas l’objet d’un rejet massif. L’étude de l’Apec, menée auprès de 3 500 cadres (managers et non-managers), révèle que 83 % des cadres se déclarent satisfaits de leur manager, dont près d’un tiers « tout à fait satisfaits ».
Les points forts identifiés ? L’ambiance de travail positive, la clarification des rôles au sein de l’équipe, la reconnaissance du travail accompli et le soutien en cas de besoin. Sans surprise, la satisfaction est encore plus élevée dans les petites équipes (84 %, dont 31 % très satisfaits) que dans les grandes structures de plus de 20 personnes (73 %, dont 26 %).
Du côté des managers, le bilan est également positif : une large majorité estime que leur rôle leur procure autant, voire davantage, de satisfactions que d’insatisfactions, appréciant particulièrement la qualité des relations avec leurs équipes.
Malgré ce satisfecit, la fonction managériale perd de son attrait : la part de cadres non-managers souhaitant accéder à des responsabilités hiérarchiques est passée de 42 % en 2022 à 34 % en 2025. Ce recul de huit points concerne toutes les tranches d’âge, mais il est particulièrement prononcé chez les jeunes cadres (-16 points).
Côté genre, l’écart se résorbe : les hommes accusent une baisse de 10 points, contre cinq points pour les femmes, aboutissant à un niveau d’appétence désormais similaire entre les deux populations.
En cause : 80 % des cadres estiment que les modes de management ont changé ces dernières années, dont 28 % jugent que ces changements ont été importants. La généralisation du télétravail a profondément transformé le management et 57 % des cadres anticipent une transformation radicale ou importante de ces pratiques au cours de la prochaine décennie.
Ces évolutions s’accompagnent de nouvelles attentes : veiller au bien-être des équipes, personnaliser leur approche, maintenir la cohésion, soutenir le développement des collaborateurs, accompagner le changement. Une charge qui en décourage plus d’un.
Ces transformations rebutent les cadres à franchir le pas : 35 % ne souhaitent pas gérer des individualités et les problèmes associés (première raison évoquée). Parmi les jeunes cadres, 34 % estiment ne pas avoir la personnalité requise et 22 % considèrent ne pas disposer de l’expérience nécessaire.
Les conditions de travail constituent un autre frein majeur. Les cadres managers travaillent sensiblement plus que leurs homologues : 31 % déclarent effectuer 50 heures hebdomadaires ou davantage, contre seulement 11 % des non-managers. Cette surcharge se double d’une pression psychologique accrue : la moitié des managers indiquent travailler régulièrement sous pression, contre 36 % des autres cadres. Trois sur quatre continuent à penser au travail en dehors de leurs horaires, soit 16 points de plus que les non-managers.
Or, cette surcharge n’est guère compensée : alors que le télétravail est perçu comme une avancée majeure en matière d’équilibre de vie, les managers en bénéficient moins que les autres cadres. 37 % des cadres managers ne télétravaillent jamais, soit 14 points de plus que les non-managers. Parmi ceux qui télétravaillent, 44 % n’utilisent pas tous leurs jours autorisés, contre 29 % des non-managers
Les cadres non-managers ont bien conscience des contraintes associées au management : près de huit sur dix estiment qu’accéder au management impliquerait de travailler davantage sous pression, six sur dix d’augmenter leur amplitude horaire, et quatre sur dix de réduire leur fréquence de télétravail.
Ces contraintes expliquent la baisse d’attractivité observée depuis 2022. « Plus généralement, les conditions de travail exigeantes associées au management contribuent également en partie à la baisse d’attractivité de la fonction auprès des cadres au cours de la période qui correspond justement à la mise en place du télétravail généralisé », souligne l’étude.
Les directions des ressources humaines doivent donc repenser les conditions d’exercice de cette fonction pour la rendre plus attractive auprès des jeunes générations.

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